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Les Républicains, un parti libéral, conservateur gaullien et bonapartiste

Introduction

La présidentielle de 2027 jugée par les statuts

Le dimanche 19 avril 2026, le parti Les Républicains publiait les résultats d’une consultation de ses adhérents, organisée « conformément à l’article 21 des statuts ». Les adhérents devaient trancher les modalités de désignation du candidat du mouvement à l’élection présidentielle de 2027. Ils ont rejeté la primaire fermée à 12,2 %, ils ont écarté la primaire ouverte aux sympathisants à 14 %, et ils ont choisi à 73,8 % la désignation directe du président du mouvement, Bruno Retailleau. Ce scrutin statutaire a divisé la famille politique jusqu’à sa rupture. Laurent Wauquiez, président du groupe des députés, a voté blanc et il a dénoncé un « jeu de dupes ». David Lisnard avait déjà quitté le parti en mars 2026, parce que les instances avaient écarté la primaire ouverte aux autres formations de la droite. La route de l’Élysée s’est donc jouée, non sur une estrade, mais dans l’application d’un article d’un texte associatif. La compétition politique suprême du pays a été réglée par la constitution privée d’une association régie par la loi de 1901. L’épisode condense tout l’objet du sujet. Les textes internes d’un parti ne sont jamais des annexes techniques, car ils décident qui peut prétendre au pouvoir, selon quelle procédure et sous quelles garanties. La consultation d’avril 2026 a montré que la bataille des primaires était d’abord une bataille d’articles. La question se pose alors de savoir ce que ces articles contiennent réellement, et ce qu’ils disent du parti qui les a écrits.

Le cadre juridique : un ordre constitutionnel privé

L’article 4 de la Constitution dispose que « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage universel » et qu’« ils se forment et exercent leur activité librement ». La norme constitutionnelle confie une fonction publique essentielle à des groupements privés, mais elle ne leur impose presqu’aucune règle de droit. Le parti est un organe indispensable de la démocratie, mais il demeure un objet de droit privé qui s’administre comme il l’entend. Les Républicains illustrent parfaitement ce statut hybride. Le mouvement est une association régie par la loi du 1er juillet 1901, dotée de la qualité de parti politique au sens de la loi du 11 mars 1988. Ses statuts et son règlement intérieur forment le pacte social des adhérents, et ce pacte « tient lieu de loi » aux parties, selon la formule qu’a retenue le tribunal judiciaire de Paris dans un litige interne à un parti politique (TJ Paris, 7 juillet 2025). La Cour de cassation a jugé que les litiges relatifs au fonctionnement interne des associations, y compris les partis politiques, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires, et elle a écarté l’idée que les partis seraient investis d’une mission de service public (Cass. 1re civ., 25 janvier 2017, n° 15-25.561). Le juge judiciaire demeure ainsi le gardien ultime d’un ordre juridique que le parti légifère lui-même. L’étude des textes internes relève donc d’une lecture constitutionaliste appliquée à un ordre juridique privé.

Le corpus soumis à l’analyse

Trois générations de textes structurent la matière. Les statuts de 2015 sont issus de la transformation de l’Union pour un mouvement populaire en parti dénommé « Les Républicains ». Les statuts consolidés de février 2021 et le règlement intérieur de février 2021 forment le corpus de référence jusqu’en 2025. La refondation adoptée au congrès de Port-Marly des 6 et 7 septembre 2025, approuvée par 97,24 % des votants, remplace ce corpus et prévoit un règlement intérieur de nouvelle génération dont le texte intégral n’est pas encore publié. L’analyse combine donc le texte intégral des statuts de 2021, le texte intégral du règlement intérieur de 2021 et le projet de statuts de 2025 tel que publié par le parti. Elle s’appuie en outre sur l’application de ces textes, telle que la presse juridique et la jurisprudence l’ont documentée de 2017 à 2026.

Définitions des notions du développement

Le développement mobilise des notions qu’il faut d’abord définir, faute de quoi le raisonnement demeurerait ambigu.

Le parti politique désigne un groupement de droit privé, formé librement en application de l’article 4 de la Constitution, qui concourt à l’expression du suffrage universel par la présentation de candidats et la proposition d’un projet. Il n’existe en droit français aucun statut législatif général des partis, de sorte que chaque parti constitue son propre ordre juridique.

Les statuts constituent l’acte constitutif et la loi fondamentale du parti. Ils en définissent l’objet, les valeurs, les organes et la répartition des pouvoirs. Le congrès, qui est l’assemblée générale des adhérents, est seul compétent pour les adopter et les réviser. Ils occupent le sommet de la hiérarchie des normes internes.

Le règlement intérieur constitue un acte de rang second. Il précise les modalités d’application des statuts, et il couvre les matières que les statuts lui renvoient, comme la cotisation, les élections internes, la discipline et le contentieux. Le conseil national le délibère à la majorité absolue selon les statuts de 2021.

Le pacte social désigne la qualification que le juge donne à ce corpus. Les statuts lient le parti et ses membres comme la loi lie les parties à un contrat, et toute méconnaissance de la règle interne entache la décision de nullité.

L’adhérent désigne la personne physique qui souscrit à l’objet et aux valeurs du mouvement, qui acquitte une cotisation annuelle et qui figure sur la liste des adhérents. Cette qualité ouvre des droits subjectifs internes, comme le droit de vote, le droit d’éligibilité et le droit de siéger dans les instances. Ces droits demeurent néanmoins conditionnés au paiement de la cotisation.

La cotisation désigne la contribution annuelle due par l’adhérent. Son montant est fixé chaque année par le bureau politique, et les élus acquittent une cotisation supplémentaire obligatoire.

L’investiture désigne la désignation interne du candidat du mouvement à une élection. Les textes la conçoivent comme une délégation révocable du parti, et non comme une autonomie de l’élu.

Les courants désignent les tendances internes organisées et représentées dans les instances. Les statuts de l’Union pour un mouvement populaire organisaient le dépôt et le vote de motions, mais les statuts des Républicains ne reconnaissent plus aucun courant depuis 2015.

Les sensibilités désignent les tendances que le parti proclame libres mais qu’aucune instance n’organise.

La Haute Autorité désigne l’organe indépendant chargé d’organiser les scrutins internes, de veiller à leur régularité et de trancher les contestations électorales.

La commission des recours désigne l’organe interne compétent pour connaître des sanctions disciplinaires et des refus d’adhésion contestés.

Le contentieux interne désigne l’ensemble des litiges nés de l’application des textes, tranchés d’abord par les instances du mouvement, sous le contrôle ultérieur du juge judiciaire.

Les lignes politiques désignent les orientations substantielles du parti, c’est-à-dire ses positions sur la nation, l’ordre, l’économie et la société.

La doctrine s’entend en deux sens. La doctrine déclarée est la philosophie que le parti énonce dans ses textes et ses discours. La doctrine opératoire est la philosophie que révèlent ses règles de fonctionnement. L’écart entre les deux fonde l’interrogation.

La clause d’exception désigne une clause qui suspend le droit commun interne en cas d’urgence, au profit d’un organe unique.

Le bonapartisme désigne, en science politique, une conception du pouvoir qui concentre la légitimité dans un chef plébiscité directement par les membres.

Enfin, trahir porte deux sens que la langue française permet de superposer, et la problématique repose entièrement sur cette dualité. Le verbe signifie d’abord révéler malgré soi, comme un accent trahit une origine. Il signifie ensuite manquer à une promesse, comme un témoin trahit un serment. La problématique impose donc une vérification double. Il faut se demander ce que les textes révèlent de la doctrine réelle du parti, puis se demander si les textes manquent aux engagements qu’ils formulent eux-mêmes.

Intérêt du sujet

Le sujet présente un quadruple intérêt. Il offre d’abord un intérêt théorique, car le droit des partis est un droit en marge, selon l’expression d’une partie de la doctrine, où le texte privé se substitue à la loi absente. Il présente ensuite un intérêt pratique immédiat, car la crise de 2024, qui a suivi l’alliance d’Éric Ciotti avec le Rassemblement national, s’est jouée sur l’interprétation de quelques articles du règlement intérieur. Il revêt en outre un intérêt électoral direct, car la désignation du candidat de 2027 a été réglée par l’article 21 des nouveaux statuts, et la campagne à venir se fera sous l’empire de ces textes. Il offre enfin un intérêt épistémologique, car il propose une méthode de lecture d’un parti politique. Un citoyen peut connaître le visage réel d’une formation politique en lisant ses statuts, sans lire ses programmes.

Problématique

En quoi les statuts et le règlement intérieur des Républicains trahissent-ils ses lignes politiques et sa doctrine ?

Annonce de plan

La réponse s’organisera en deux temps, qui suivront les deux sens du verbe trahir. La première partie établira que les textes internes trahissent la doctrine au sens révélateur, car ils objectivent une philosophie que le discours officiel embellit (I). On y montrera que les statuts énoncent une doctrine substantielle identifiable, mais en constant repli vers le préambule (I.A), puis que le règlement intérieur révèle une doctrine opératoire plus véridique que les proclamations (I.B). La seconde partie établira que les textes trahissent ensuite la doctrine au sens de manquement, car ils contredisent les promesses qu’ils énoncent eux-mêmes (II). On y démontrera d’abord les contradictions immanentes du corpus, qui organise le parti de la liberté en ordre vertical (II.A), puis l’épreuve du contentieux, où le juge a révélé que le parti a trahi sa propre loi (II.B).

I. La trahison au sens révélateur : les textes internes disent ce que le discours officiel embellit

Un texte juridique révèle toujours plus que son auteur ne croit y avoir mis. Les statuts et le règlement intérieur des Républicains objectivent une doctrine substantielle et une doctrine opératoire, et cette double révélation dessine le portrait fidèle du parti (A et B).

A. Les statuts objectivent une doctrine substantielle identifiable, mais en constant repli vers le préambule

1. Un socle gaulliste et conservateur qui se lit comme un inventaire.

L’article 2 des statuts de 2021 fixe l’objet du mouvement. Le parti concourt à l’expression du suffrage universel dans le respect des valeurs de la République, des principes fondamentaux consacrés par la Constitution, de « l’unité de la République et de l’indépendance de la Nation ». Cette formule annonce une doctrine souverainiste d’essence gaullienne. L’article 3 de 2021 développe ensuite un inventaire des valeurs dont chaque élément est doctrinalement daté. Le « rayonnement de la France dans le monde », la « pérennité de la nation française, de son identité et de sa culture » et la francophonie fondent une conception substantialiste de la nation, dotée d’une identité à préserver. La « sécurité des personnes et des biens », l’« État de droit » et l’« autorité de l’État » fondent une doctrine de l’ordre. La « libre entreprise » et la « responsabilité individuelle » fondent un libéralisme économique, tandis que la « dignité de la personne humaine », la « justice sociale », le « dialogue social » et l’« épanouissement de la famille » portent l’héritage personnaliste et démocrate-chrétien. La laïcité, l’« égalité des chances » et la « protection de la nature et de l’environnement » complètent un ensemble qui mêle conservatisme, libéralisme et morale sociale. L’européisme du parti s’exprime dans la visée d’« une Europe libre et démocratique » et dans l’intégration des dirigeants du Parti populaire européen au bureau politique, prévue par l’article 24 des statuts de 2021.

La syntaxe de l’article 3 de 2021 mérite une analyse propre, car elle constitue la révélation la plus nette du corpus. Toutes les libertés sont énumérées dans une seule phrase, puis la phrase se referme sur la formule « dans un cadre fondé sur l’État de droit, l’autorité de l’État et la libre administration des collectivités locales ». La liberté y apparaît comme une concession encadrée par l’autorité, et jamais comme un principe premier. La grammaire du texte reproduit la hiérarchie des valeurs du parti. Le droit privé du parti exprime ici ce que ses discours peinent à formuler.

2. Le mouvement de 2025 : une doctrine explicite et des valeurs déplacées.

Les statuts adoptés en septembre 2025 opèrent deux déplacements révélateurs. L’article 2.2 proclame d’abord que le mouvement agit « dans la fidélité au gaullisme, et au service de l’épanouissement des personnes ». Le parti nomme enfin sa doctrine de référence, alors que les textes antérieurs la laissaient implicite. L’article 2.3 renvoie ensuite l’ensemble des principes fondamentaux à « la Charte adoptée par le Congrès des 12 et 13 octobre 2019 ». L’inventaire des valeurs de l’article 3 de 2021 disparaît du texte normatif et migre vers un texte extérieur de nature préambulaire. Ce déplacement n’est pas neutre. La charte guide l’interprétation et nourrit le discours, mais elle cesse d’habiter le texte qui oblige juridiquement les organes. La doctrine substantielle du parti est donc identifiable, mais elle s’écrit de plus en plus hors du texte qui lie. Le juriste y lit une stratégie classique. On déplace vers le préambule ce que l’on ne veut plus voir invoquer devant le juge interne.

B. Le règlement intérieur révèle la doctrine opératoire, plus véridique que les proclamations

Le règlement intérieur de février 2021 contient presque aucune politique substantielle, et c’est précisément ce silence qui le rend précieux. Sa doctrine est implicite et se déduit de ce qu’il organise concrètement, c’est-à-dire l’argent, la sanction, le vote et la candidature.

1. La citoyenneté interne est fiscale.

Le règlement conditionne chaque droit subjectif de l’adhérent au paiement de sa cotisation. Seuls les adhérents à jour de cotisation siègent dans les comités (article 2.5), figurent sur la liste électorale (article 4.1), sont électeurs et éligibles dans les comités de circonscription (article 9) et peuvent se présenter à la présidence d’une fédération (article 11). La liste électorale du parti est littéralement un rôle fiscal, arrêté au 31 décembre, au 30 juin ou trente jours avant chaque scrutin. Le bureau politique fixe chaque année le montant des cotisations sans le contrôle d’aucune instance délibérante (article 2.1), et les élus acquittent une cotisation supplémentaire obligatoire. Le règlement révèle ici une anthropologie militante. Le membre n’est pas un citoyen du parti, mais un contribuable du parti, dont les droits subjectifs s’éteignent faute de paiement. L’article 2.4 va plus loin et révèle un familialisme réglementaire. Il interdit le paiement pour le compte de tiers, puis il y déroge aussitôt pour les « adhésions couples » et pour les paiements au profit de concubins, d’ascendants ou de descendants. Un adhérent peut donc financer l’adhésion de son conjoint ou de ses enfants. La règle de trésorerie sacrifie le principe d’adhésion individuelle au profit d’une représentation familiale du militantisme, et elle rejoint la valeur familiale que les statuts proclament sans la décliner.

2. La doctrine de la fidélité et du filtre.

Le règlement organise ensuite une véritable police des candidatures. L’article 5.5 permet au bureau politique de suspendre ou d’exclure tout adhérent qui contrevient aux décisions d’investiture dans les trois mois qui précèdent et le mois qui suit chaque élection. Le texte calibre ainsi une fenêtre disciplinaire, spécialement conçue pour éliminer les dissidences au moment où elles font le plus mal. L’investiture apparaît comme une délégation révocable du parti, jamais comme une autonomie de l’élu. L’article 25.3 exige en outre que toute candidature à la présidence du mouvement réunisse le parrainage d’au moins un pour cent des adhérents répartis sur quinze fédérations et d’au moins cinq pour cent des parlementaires issus du mouvement. Les élus détiennent un droit de veto sur l’accès à la magistrature suprême du parti, ce qui protège le parti des élus contre le parti des militants. L’article 22.2 complète le dispositif, car il impose des listes « complètes et bloquées » de quatre-vingts candidats pour l’élection des membres du bureau politique par le conseil national. L’électeur interne ne choisit jamais une personne, mais une coalition de notables articulée en trois collèges où dominent les parlementaires. Enfin, l’article 9.3 soumet les membres élus des comités de circonscription au scrutin majoritaire uninominal à un tour, qui écrase toute minorité locale. La proportionnalité est donc réservée aux appareils, où elle sert les coalitions, tandis que la base militante n’obtient qu’un majoritaire pur. L’article 14 couronne l’édifice, car il confie au président du mouvement le règlement des conflits locaux et il l’autorise à suspendre les responsables élus des fédérations. Le chef y apparaît comme juge et partie, sans qu’aucune procédure ne soit prévue.

La doctrine opératoire qui se dégage du règlement est donc cohérente. Elle est verticale, filtrée et disciplinaire. Le règlement intérieur constitue la théologie politique réelle du parti, écrite non dans un chapitre de valeurs, mais dans un tarif, une échelle de sanctions et un mécanisme de filtre. La révélation est complète, mais elle devient accusation dès que l’on compare ces règles aux promesses du même corpus. Le second sens du verbe trahir s’impose alors.

II. La trahison au sens de manquement : les textes contredisent les promesses qu’ils énoncent eux-mêmes

Les textes internes des Républicains proclament un principe démocratique et un État de droit, mais leur architecture contredit ces promesses (A). L’épreuve du contentieux l’a démontré, puisque le parti n’a pas respecté sa propre loi interne et c’est le juge judiciaire qui a dû le constater (B).

A. Des contradictions immanentes au corpus : le parti de la liberté organisé en ordre vertical

1. Le principe démocratique proclamé, la nomination généralisée.

Les statuts de 2021 affirment que « l’organisation et le fonctionnement du Mouvement reposent sur le principe démocratique » et que le mouvement « garantit la libre expression des sensibilités politiques qui le composent » (article 4). Les statuts de 2025 reprennent ce dispositif à l’article 2.4. Or l’architecture du même corpus dément cette proclamation. Le président du mouvement nomme le secrétaire général, les secrétaires départementaux, et il peut dissoudre les sections et les fédérations selon les statuts de 2021 (articles 25, 18, 9 et 30). Les statuts de 2025 allongent encore la liste, puisque l’article 6.7 confie au président la nomination du premier vice-président, des conseillers spéciaux, du secrétaire général, des membres du bureau politique autres que les membres de droit, du président du conseil national, du président et des membres de la commission nationale d’investiture, des porte-parole, des secrétaires nationaux, du bureau des Jeunes Républicains (article 17.2), des secrétaires et trésoriers départementaux (article 19) et du président de la fédération des Français établis hors de France. La démocratie proclamée cède ainsi la place à une administration présidentielle du parti. Le mouvement des courants confirme ce diagnostic, car les statuts de l’Union pour un mouvement populaire organisaient le dépôt et le vote de motions, tandis que les statuts des Républicains ne reconnaissent plus aucun courant depuis 2015. La motion d’adhérents subsiste, mais le règlement intérieur la filtre trois fois, par la recevabilité déclarée par le comité départemental, par l’inscription à l’ordre du jour décidée par le bureau politique et par un délai de six mois (article 4.4). Enfin, les statuts de 2021 prévoyaient l’éclipse du parti quand un président de la République en est issu, puisque l’élection interne est alors supprimée et la direction confiée à une formule collégiale (articles 22 et 25). Le parti se dissout institutionnellement dans son chef. Guillaume Larrivé, copilote de la refondation de 2025, a revendiqué cette architecture en parlant d’une « dimension bonapartiste complètement assumée ». L’honnêteté scientifique impose néanmoins une nuance. Les statuts de 2025 créent un référendum interne à l’initiative d’un quart des adhérents (article 3.4) et un droit de double adhésion encadré (article 3.3). Le corpus contient donc des ouvertures réelles, mais leur mise en œuvre demeure entre les mains de l’appareil, qui fixe les modalités de tous les votes.

2. Les libertés proclamées, les droits subjectifs conditionnés.

Le corpus organise ensuite une série d’atteintes que ses proclamations démentent. L’adhésion est d’abord un privilège et non un droit, car l’article 1er du règlement intérieur soumet chaque demande à une instruction puis à une validation par le siège, sans fixer de critère de refus, de délai de réponse ou d’obligation de motivation. Le contradictoire disciplinaire est ensuite minimal. L’article 5.2 du règlement communique le dossier à l’intéressé, qui « peut demander à être entendu », mais le texte ne garantit ni l’assistance d’un conseil, ni un délai de préparation, ni la motivation de la décision. La jurisprudence associative exige pourtant des garanties réelles, puisque le principe du contradictoire y est traité comme une exigence d’ordre public pour toute exclusion. Le recours interne est de surcroît étranglé. L’article 5.7 du règlement impose un délai de sept jours francs, ce qui est dérisoire pour un adhérent qui doit organiser sa défense, et il épuise les voies internes puisque les décisions de la commission des recours ne sont « susceptibles d’aucun recours devant une instance du Mouvement ». L’impartialité de cette commission a d’ailleurs failli être démontrée en 2017, lorsque deux de ses membres étaient eux-mêmes menacés d’exclusion dans l’affaire des Constructifs. La réintégration est ensuite jugée par l’instance qui a prononcé la sanction, et elle ne restitue aucune fonction ni aucun mandat (articles 5.8 et 5.9). L’article 5.6 franchit enfin un seuil, car il dispose qu’en cas d’urgence, notamment en période électorale, le président du mouvement exerce seul le pouvoir de sanction, la décision étant soumise au bureau politique dans les plus brefs délais. Le droit privé du parti contient ainsi une véritable clause d’état d’exception, qui permet une exclusion non contradictoire par construction suivie d’une simple ratification. La parité illustre le même écart entre promesse et technique. Elle est proclamée par les statuts, mais le règlement ne l’organise que sur les listes bloquées du bureau politique, là où la loi l’impose, tandis que les scrutins locaux uninominaux en demeurent dépourvus.

B. L’épreuve du contentieux : le juge révèle que le parti a trahi sa propre loi

1. La crise de 2024 ou la pratique démasquée.

Les événements de l’année 2024 ont soumis le corpus à une expérience en conditions réelles, et le corpus a échoué. L’affaire Rachida Dati a d’abord révélé une confusion entretenue sur la perte de la qualité d’adhérent. Le président du parti a annoncé en février 2024 qu’une élue n’était plus membre faute de renouvellement de cotisation, alors que les statuts exigent que toute sanction à l’égard d’une élue soit instruite et prononcée par le bureau politique. L’affaire Éric Ciotti a ensuite exposé au grand jour la fragilité des garanties internes. Le bureau politique extraordinaire du 12 juin 2024 a exclu le président du mouvement sur une convocation émise par le secrétaire général, alors que l’article 23 du règlement intérieur réserve la convocation du bureau politique au président du mouvement, sur demande d’un quart des membres du conseil national. Les Surligneurs ont estimé que la procédure était vraisemblablement illicite au regard des règles internes, faute de convocation régulière et de débat contradictoire. Le juge des référés du tribunal judiciaire de Paris a suspendu, le 14 juin 2024, les décisions d’exclusion des 12 et 14 juin, en constatant un conflit d’interprétation des règles internes trop important pour trancher en la forme. Saisi du fond dans le contentieux du parti, le tribunal judiciaire de Paris a jugé que le recours devant la commission des recours, prévu par le règlement intérieur, constituait une simple faculté et non un préalable obligatoire à la saisine du juge. La doctrine tire de cette séquence une leçon sévère. Le pacte statutaire n’a protégé ni le président du parti ni l’adhérent ordinaire, et il a été contourné au moment exact où il aurait dû s’appliquer, par les organes mêmes qui l’avaient écrit. La révision de 2025 l’a d’ailleurs reconnu implicitement, puisqu’elle permet désormais aux trois quarts du bureau politique de convoquer le congrès et le bureau, et qu’elle institue une procédure de destitution du président en cas de manquement grave. Ces mécanismes nouveaux sont des aveux rétroactifs de l’insuffisance du droit antérieur.

2. Le juge judiciaire, tiers que le parti ne s’est pas donné.

L’architecture contentieuse du corpus repose sur une prémisse erronée, que le juge a démentie. Le règlement intérieur dispose que les décisions de la commission des recours et celles de la Haute Autorité ne sont susceptibles d’aucun recours devant une instance du mouvement. Cette clôture interne est exacte, mais elle est inopérante contre le juge d’État. La Cour de cassation a jugé que les litiges internes des partis politiques relèvent des tribunaux judiciaires, qui contrôlent le respect des statuts, la garantie des droits de la défense et l’absence de détournement de pouvoir (Cass. 1re civ., 25 janvier 2017, précité). La Cour européenne des droits de l’homme a jugé pour sa part qu’un texte statutaire ne peut priver une personne du droit de contester en justice une exclusion associative (CEDH, Lovric c. Croatie, 4 avril 2017, req. n°38458/15). Le parti a donc écrit une forteresse juridique qui ne fermait que de l’intérieur. Le paradoxe final mérite d’être relevé, car il synthétise la trahison étudiée. Un parti qui érige l’État de droit en valeur cardinale, par son article 3 des statuts de 2021, a dû être ramené à l’État de droit par le juge judiciaire. Le texte a trahi à la fois le discours qu’il portait et lui-même, puisque ses organes n’ont pas respecté la règle qu’ils avaient pourtant édictée et publiée.

Conclusion

Les statuts et le règlement intérieur des Républicains trahissent les lignes politiques et la doctrine du parti au double sens du verbe, et c’est cette dualité qui fait la valeur heuristique du corpus. Ils la révèlent d’abord. L’inventaire des valeurs de l’article 3 des statuts de 2021 et la « fidélité au gaullisme » proclamée en 2025 objectivent un conservatisme libéral, souverainiste et hiérarchisé, où la liberté s’exerce « dans un cadre fondé » sur l’autorité de l’État. La mécanique du règlement intérieur objective la doctrine opératoire qui correspond à cette philosophie. Le militant y est un contribuable dont les droits subjectifs s’éteignent faute de paiement, l’élu y est un détenteur de délégations révocables, et la candidature y est un privilège filtré par des parrainages et des listes bloquées. Ils trahissent ensuite cette doctrine au sens de manquement, car ils proclament le principe démocratique, la libre expression des sensibilités et l’État de droit, puis organisent la nomination généralisée, la suppression des courants, la sanction d’urgence et la clôture des recours internes. La crise de 2024 a démontré que cette contradiction n’était pas spéculaire mais opératoire, puisque le parti n’a pas respecté sa propre loi au moment de s’appliquer, et c’est le juge judiciaire qui a rétabli la légalité du pacte social. La refondation de 2025 n’efface pas la tension, car elle explicite le gaullisme et crée un référendum interne, mais elle concentre encore davantage les nominations entre les mains du président du mouvement. Le parti qui promettait de rendre le parti à ses adhérents a réécrit ses statuts pour resserrer l’appareil autour d’un seul homme.

L’article 4 de la Constitution régit très faiblement la vie interne des partis, et le droit français ne connaît pas de statut législatif général des formations politiques, à la différence de l’Allemagne. Tant que ce statut manque, la seule constitution d’un parti demeure ses statuts, et le constituant de cette constitution demeure l’appareil qui les rédige. La lecture ici proposée invite alors à une règle de méthode pour le citoyen comme pour le juriste. Quand un parti trahit sa doctrine dans ses textes, il faut le croire sur ses textes, non sur ses discours.

Bibliographie et sources

Textes internes du parti (corpus analysé)

  1. Statuts du mouvement Les Républicains, texte consolidé de février 2021, consultable en intégralité sur la base documentaire Political Party Database : https://www.politicalpartydb.org/wp-content/uploads/2023/03/France_LesRepublicains_Statutes_2021.pdf
  2. Règlement intérieur du mouvement Les Républicains, texte de février 2021, consultable en intégralité sur la base documentaire Political Party Database : https://www.politicalpartydb.org/wp-content/uploads/2023/03/France_LesRepublicains_Rulebook_2021.pdf
  3. Projet de statuts soumis au congrès des 6 et 7 septembre 2025, publié par le parti : https://republicains.fr/wp-content/uploads/2025/11/2025-08-29-lR-congres-statuts-projet.pdf
  4. Les Républicains, « Qui sommes-nous ? », page officelle présentant les textes fondateurs et la Haute autorité : https://republicains.fr/qui-sommes-nous/

Jurisprudence citée

  1. Cass. 1re civ., 25 janvier 2017, n° 15-25.561 (association Front national c. Le Pen), analyse sous « Un parti politique n’est pas investi d’une mission de service public », LaGBD : https://www.lagbd.org/index.php/Un_parti_politique_n%E2%80%99est_pas_investi_d%E2%80%99une_mission_de_service_public_(fr)
  2. TJ Paris, référé, 14 juin 2024, suspension des exclusions d’Éric Ciotti, rapportée par Les Surligneurs : https://lessurligneurs.eu/legalcheck-les-republicains-pouvaient-ils-exclure-eric-ciotti-du-parti/
  3. TJ Paris, 7 juillet 2025, formule du pacte social et contrôle des sanctions associatives, analysée par le cabinet Kohen Avocats : https://kohenavocats.com/partis-politiques-francais-definition-nombre-liste-officielle-quel-parti-maire-depute/
  4. TJ Paris, jugement sur le fond du contentieux des Républicains de 2024, analysé par le cabinet Kohen Avocats, qui cite la qualification du recours interne de « simple faculté » : https://kohenavocats.com/creer-parti-politique-france-statuts-mandataire-financier-agrement-cnccfp-2027/
  5. CEDH, Lovric c. Croatie, 4 avril 2017, req. n° 38458/15, citée à propos du droit au juge des adhérents exclus : https://kohenavocats.com/exclu-association-avertissement-radiation-contester-cassation-22-octobre-2026/
  6. Jurisprudence constante sur le contradictoire d’ordre public en matière d’exclusion associative, présentée par la Cour d’appel de Douai (site « 300 ans ») : https://300ans-courdappel-douai.fr/lexclusion-dun-adherent-associatif-quand-la-sanction-nest-pas-prevue-dans-les-statuts/

Doctrine et analyses

  1. « Les partis politiques, en marge du droit ? », Revue du droit public, 2011, n° 1, p. 179, accessible sur Cairn : https://droit.cairn.info/revue-revue-du-droit-public-2011-1-page-179?lang=fr
  2. B. Dondero, « Apprendre le droit avec Les Républicains : le bureau politique, le quorum et l’exclusion », blog de doctrine, 31 octobre 2017 : https://brunodondero.com/2017/10/31/apprendre-le-droit-avec-les-republicains-le-bureau-politique-le-quorum-et-lexclusion/
  3. R. Rambaud (professeur de droit), « 3 questions sur les conditions d’exclusion d’un adhérent d’une organisation politique », Le Club des Juristes : https://blog.leclubdesjuristes.com/3-questions-a-romain-rambaud-conditions-dexclusion-dun-adherent-organisation-politique
  4. Altalegis Avocats, « L’exclusion d’un membre de parti politique : analyse des recours face aux refus illégitimes » : https://altalegis-avocats.fr/lexclusion-dun-membre-de-parti-politique-analyse-des-recours-face-aux-refus-illegitimes/

Sources journalistiques et documentaires

  1. Les Surligneurs, « #LegalCheck. L’exclusion d’Éric Ciotti des Républicains était-elle régulière ? », juin 2024 : https://lessurligneurs.eu/legalcheck-les-republicains-pouvaient-ils-exclure-eric-ciotti-du-parti/
  2. Public Sénat, « Congrès LR : le parti adopte ses nouveaux statuts sur fond de division », 7 septembre 2025, qui rapporte la citation de Guillaume Larrivé sur la « dimension bonapartiste » : https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/congres-lr-le-parti-adopte-ses-nouveaux-statuts-sur-fond-de-division
  3. Les Républicains, « 97,24 % des adhérents approuvent les nouveaux statuts », communiqué du 8 septembre 2025 : https://republicains.fr/actualites/2025/09/08/9724-des-adherents-approuvent-les-nouveaux-statuts/
  4. F.-X. Bellamy, entretien publié par le parti, 5 septembre 2025, qui cite la promesse de « rendre le parti à ses adhérents » : https://republicains.fr/actualites/2025/09/05/francois-xavier-bellamy-nous-censurerons-un-gouvernement-ps-qui-enverrait-immanquablement-la-france-au-tapis/
  5. BFMTV, « Malgré ce qu’affirme Éric Ciotti, Rachida Dati est toujours membre des Républicains », 15 février 2024 : https://www.bfmtv.com/politique/malgre-ce-qu-affirme-eric-ciotti-rachida-dati-est-toujours-membre-des-republicains_AN-202402150617.html
  6. BFMTV, « Recours juridiques, statuts du parti… Pourquoi le feuilleton entre Ciotti et les tenors de LR va durer », 13 juin 2024 : https://www.bfmtv.com/politique/les-republicains/recours-juridiques-statuts-du-parti-pourquoi-le-feuilleton-entre-ciotti-et-les-tenors-de-lr-va-durer_AV-202406130850.html
  7. RTL, « Les Républicains : qu’est-ce qu’une « suspension de fonctions exécutives » ? » : https://www.rtl.fr/actu/politique/les-republicains-qu-est-ce-qu-une-suspension-de-fonctions-executives-7789302223
  8. RTL, « Le bureau politique LR peut-il vraiment sanctionner les Constructifs ? », qui cite la composition de la commission des recours : https://www.rtl.fr/actu/politique/le-bureau-politique-lr-peut-il-vraiment-sanctionner-les-constructifs-7789297997
  9. Europe 1, « Exclure ou ne pas exclure ? Le dilemme des Républicains », 11 juillet 2017 : https://www.europe1.fr/politique/exclure-ou-ne-pas-exclure-le-dilemme-des-republicains-3386522
  10. 20 Minutes, « Présidentielle 2022 : Les Républicains face au casse-tête de la primaire à droite pour 2022 », 11 août 2020 : https://www.20minutes.fr/politique/2837767-20200811-presidentielle-2022-republicains-face-casse-tete-primaire-droite-2022
  11. Wikipédia, article « Les Républicains », pour l’historique des statuts, la suppression des courants en 2015 et le bureau politique de 2025 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_R%C3%A9publicains
  12. Groupe Les Républicains, Divers droite et indépendants de la Métropole du Grand Paris, « Nos valeurs », qui cite l’article 3 des statuts : https://lesrepublicainsmetropole.fr/nos-valeurs/
  13. TF1 Info, « Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau désigné candidat des Républicains par une large majorité des adhérents », 19 avril 2026 : https://www.tf1info.fr/politique/election-presidentielle-2027-bruno-retailleau-designe-candidat-des-republicains-par-une-large-majorite-des-adherents-2436896.html
  14. RTL, « « Un jeu de dupes » pour Wauquiez : Retailleau a été désigné candidat par LR pour 2027… mais rien n’est joué à droite » : https://www.rtl.fr/actu/politique/un-jeu-de-dupes-pour-wauquiez-retailleau-a-ete-designe-candidat-par-lr-pour-2027-mais-rien-n-est-joue-a-droite-7900625805
  15. franceinfo, « Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau largement désigné candidat par les adhérents du parti Les Républicains », 19 avril 2026 : https://www.franceinfo.fr/politique/les-republicains/presidentielle-2027-bruno-retailleau-largement-designe-candidat-par-les-adherents-du-parti-les-republicains_7949957.html
  16. Ouillade.eu, reproduction du communiqué des Républicains mentionnant la consultation « conformément à l’article 21 des statuts » : https://ouillade.eu/agenda/perpignan-bruno-retailleau-largement-designe-comme-candidat-des-republicains-pour-lelection-presidentielle/335619
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