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La Religion

La Religion est un thème complexe à aborder. Commençons par des définitions.

Définition de l’Académie Française, 9e édition

  1. Ensemble de relations qu’établissent et entretiennent les individus avec des forces ou des êtres auxquels ils attribuent une réalité surnaturelle et un caractère sacré. […]
    1. Par extension. Système de croyances et de pratiques spirituelles propres à une communauté dont les membres partagent la même foi. […]
    2. Religion monothéiste, polythéiste. […]
    […]
  2. […]
  3. Par analogie. Système spéculatif construit autour de la notion d’Être suprême. Religion naturelle, expression employée au XVIIIe siècle pour désigner, par opposition aux religions établies, une doctrine selon laquelle, par le libre exercice de sa raison et indépendamment de toute révélation, l’homme postule nécessairement l’existence d’un Dieu créateur et providentiel, l’immortalité de l’âme, le caractère infaillible de la conscience morale. La croyance en la loi naturelle est un des fondements de la religion naturelle. La religion positiviste ou religion de l’Humanité, au XIXe siècle, système d’Auguste Comte et de ses disciples instaurant une religion universelle qui accueillerait tous ceux qui contribuent au progrès et rendrait un culte au « Grand-Être », terme désignant l’ensemble de la société humaine. Au XXe siècle, on a employé l’expression « religion séculière » pour désigner certaines idéologies politiques.
  4. Fig. Sentiment de respect, d’obligation scrupuleuse envers ce à quoi on confère une valeur suprême, un caractère presque sacré. Avoir la religion du travail, de l’amitié. Il observe avec religion toutes vos prescriptions. […]

Définition du Lexique de sociologie – 6e édition – Dalloz – 2020

Religion

En sociologie il existe plusieurs conceptions de la religion.

L’analyse de la religion élaborée par Karl Marx est à la fois sociologique, philosophique et politique. Pour lui la religion est « la conscience inversée du monde ». C’est une « théorie générale de ce monde », mais une théorie mystifiée, une composante de l’idéologie. La religion a donc un caractère contradictoire : elle exprime la réalité des souffrances et des aspirations des hommes et elle contribue à leur aliénation :

« La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ».

La formule « la religion est l’opium du peuple » à laquelle on réduit trop souvent la pensée de Karl Marx est donc une simplification abusive de son analyse du fait religieux. Selon Émile Durkheim, la religion est un

« système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est à dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».

Pour lui, la religion est l’expression de la transcendance du social :

« La société a tout ce qu’il faut pour éveiller dans les esprits, par la seule action qu’elle exerce sur eux, la sensation du divin […] la force religieuse n’est que le sentiment que la collectivité inspire à ses membres, mais projeté hors des consciences qui l’éprouvent et objectivé ».

Max Weber, pour sa part, se refuse à définir une essence du religieux ; pour lui la religion est « une espèce particulière de façon d’agir en communauté ». Pour Danièle Hervieu-Léger, une religion est une « modalité particulière du croire qui a en propre d’en appeler à l’autorité légitimatrice d’une tradition ». Jean-Paul Willaime propose la définition suivante : la religion est « une communication symbolique régulière par rites et croyances se rapportant à un charisme fondateur et générant une filiation ».

[…]

Religion civile

Pour Jean Jacques Rousseau, dogme sur lequel doit être fondée une société républicaine. Cette notion est fondamentalement attachée à celle de laïcité. Pour Rousseau, toute société « ne saurait être édifiée sans l’appui d’une transcendance », qui dans une société républicaine doit reposer sur une « profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogme de religion, mais comme sentiment de sociabilité sans lesquels il est impossible d’être bon citoyen ». Chez Rousseau, la religion civile constitue donc le fondement du contrat social. Pour illustrer cette nécessité de laïcisation des sociétés républicaines, Rousseau évoque l’exemple du mariage qui selon lui doit être exclusivement « un contrat civil ayant des effets civils ». Si cette institution devait être le monopole d’un clergé celui-ci détiendrait les clés de l’intégration sociale en décidant de qui peut et de qui ne peut pas se marier.

[…]

Définition du Lexique de science politique – 4e édition – Dalloz – 2017

Religion civile

[Idées po] Expression désignant l’ensemble de valeurs universelles accessibles à tous et constitutives de l’adhésion des citoyens à la communauté politique.

Dans la pensée philosophique la religion civile renvoie ainsi au socle des valeurs fondamentales partagées permettant de renforcer l’unité sociale de pacifier la vie politique et de promouvoir l’exercice de la souveraineté.

Forgée par Rousseau la notion a connu aux XIXe et XXe siècles un grand succès dans la réflexion politique en particulier en France où les valeurs autour desquelles se construit l’adhésion des citoyens à la vie républicaine s articulent depuis la fin du XIXe siècle au modèle de la laïcité et aux États Unis où la religion civile prend plutôt la forme d un consensus moral associant l’héritage du christianisme le respect de la pluralité des croyances philosophiques et religieuses et l’adhésion aux valeurs fondatrices de la nation américaine en particulier la liberté.

Religion et politique [Socio po]

Les religions sont des systèmes de croyances de pratiques et d’institutions concernant le sacré. Elles ne se limitent pas à la dimension individuelle de la foi. Elles relient (religare) l’individu au sacré mais aussi les croyants entre eux.

E Durkheim (1912) a fait de cette dimension sociale horizontale et collective un aspect majeur de la religion en faisant l’hypothèse que les dieux ne sont que l’expression symbolique de la société. Du fait de cette dimension collective la religion touche inévitablement au politique. M Weber dresse un parallèle entre groupements politiques et groupements hiérocratiques dans les deux cas le pouvoir repose sur le sacré et la contrainte psychique par dispensation ou refus des biens spirituels du salut (Économie et société 1921).

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On peut enfin envisager la religion comme un élément central de la formation des cultures politiques. Pour G Michelat et M Simon (1977) les religions transmettent des valeurs par la socialisation. […]

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Synthétisons

La Religion se définit alors comme un ensemble de croyances et de valeurs qu’un groupe d’individus reliés entre eux – liens horizontaux – partage et ce même groupe d’individus croit dans quelque chose de plus grand qu’eux – lien vertical. La Religion est donc un ensemble de règles, de mythes, de croyances permettant de relier un groupe de personnes autour d’une puissance supérieure qui les transcende et dépasse. Il y a alors deux approches : la Religion avec une ou plusieurs divinités et la Religion laïque dite la religion civile.

Les religions divines et athéistes sont des religions faciles à repérer : il s’agit de la croyance d’un groupe d’individus soumis à des règles, des croyances et des mythes communs avec une divinité supérieure et unique qui les gouverne : ce sont des religions monothéistes, si le groupe admet plusieurs divinités ce sont alors des religions polythéistes ou pour finir une absence de divinité ce sont les religions athéistes. Exemple : l’Église Romaine Catholique.

La religion civile est une religion indifférente à la notion du divin. Elle est laïque. Elle a ses propres règles (les Lois, des Constitutions, etc.), une croyance (Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens…), un ou des dogmes (le libéralisme, le communisme, le socialisme, le bloc de constitutionnalité…), une population qu’elle soumet, un territoire, une puissance matérielle et formelle (l’État et ses fonctionnaires, etc.). Elle n’a pas de mythe mais une Histoire et/ou une mémoire (la Saint Barthélémy, la Shoah…). C’est le cas du Républicanisme, de la croyance de l’État, du Scientisme, etc. Cette religion peut se doter d’une ou plusieurs nations. Elle s’incarne généralement sous la forme d’un État, d’Ordre, etc.

Ainsi, le champs de réflexion sur la Religion est large, cela peut recouvrir notamment : l’idéologie politique, du Droit et l’État comme le fait de la croyance, du divin, de la théologie et la spiritualité commune et individuelle.

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